Le 10 janvier 2006 au ministère de la santé, fut presenté devant une cinquantaine de représentants d’associations de psychanalystes, de psychothérapeutes, de psychologues, de psychiatres et d’universitaires, l'avant projet du décret d’application de l’article 52 de la loi de santé publique d’août 2004 statuant sur les psychothérapies.
Cet avant projet de decrets d'application va plus loin que la loi et définit ce qu'est la psychopathologie clinique.
Tous ceux qui pretendent au staut de psychothérapeute, même ceux qui sont psychiatre ou psychologue ou psychanalyste membre d'une association devront, pour etre reconnu comme psychothérapeute, avoir validé une formation de niveau Master.
Le contenu de cette formation sera defini par une "feuille de route": elle devra comprendre les quatre approches psychotherapeutiques reconnues, soit cognitive, psychodynamique systémique et integrative (!)
Que deviendront les masters de psycho clinique à coté de ça??? Qui ira encore suivre un master de clinique?
C'est une nouvelle profession qui est crée : des psychothérapeutes formés aux 4 approches (pourquoi ces 4 là et pas d'autres??) . On peut penser qu'il vaudra mieux avoir ce diplome là plutot qu'un de clinique pour trouver un job! Il correspond plus à une logique "integrative", soit qui asssemble tout et n'importe quoi !!!!
Apres avoir présenté cet avant projet, le gouvernement recevra les critiques et les propositions d'amendemants des professionnels le 21 février 2006. Déjà plusieures associations appellent à une mobilisation: c'est l'existence m^me de la psychologie clinique qui est en jeu...
Voir la presentation de cette affaire par Roland GORI +++++++++++++++
qui le dit un peu mieux que moi !
+++++ Ici le verbatim de la reunion au ministere rédigé par le president du SNPpsy
C'est Winnicott qui a tenu ces propos... interessant non?
+++ La lettre complete+++++++

Illustration de l'article de Rouge du 13/10/2005 : une polémique sur la psychanalyse
Contre Freud un « livre noir »
Publiée sur le site Oedipe
Marseille, le 9 Octobre 2005
Lettre ouverte
A Messieurs Jack Ralite et Jean-Pierre Sueur
Sénateurs
Messieurs,
Sachant l’attention que vous avez bien voulu porter aux professionnels assurant en France la prise en charge de la souffrance psychique, je tiens à vous faire part de l’inquiétude que soulèvent actuellement les expertises collectives de l’Inserm en matière de santé mentale.
La communication aux médias de conclusions pour le moins contestables de certaines de ses expertises collectives, participe d’une campagne qui vise à obstinément et insidieusement médicaliser la souffrance psychique et à recomposer le paysage français de la psychopathologie au profit des logiques cognitivo-instrumentales de la santé mentale.
On ne saurait oublier que la notion même d’“ expertise collective ” avait été mise en place à l’Inserm en 1993-1994 par Philippe Lazar à la suite de l’affaire du sang contaminé afin d’éclairer les pouvoirs publics sur des questions d’actualité en mobilisant le savoir et le savoir-faire de toute la communauté scientifique concernée par les dites questions de santé publique. La “ marque ” de l’Inserm et sa responsabilité de coordination scientifique étaient censées garantir la fiabilité des expertises, la validité de leurs résultats et l’indépendance des chercheurs qui les réalisent. Or certaines expertises de l’Inserm concernant la santé mentale présentent toutes les caractéristiques de ce que vous avez-vous-même appelé “ les symptômes d’un artefact ”. Je fais ici référence à l’expertise collective sur l’évaluation comparative de l’efficacité des psychothérapies retirée depuis par Monsieur le Ministre de la Santé du site du Ministère. Cette expertise se présente sous les formes de la science, les mots de la science, mais sans les garanties de la science. La garantie d’une procédure d’expertise dépend de l’exhaustivité des publications sur la question traitée : ce ne fut pas le cas. On a fait au cours de cette expertise comme si l’énorme littérature psychanalytique, psychodynamique, n’existait pas et devait être comptée pour qualité négligeable. Les experts ont feint d’ignorer le délicat problème de populations et d’études non comparables sans tenir suffisamment compte de l’hétérogénéité de leurs composants et de la spécificité de leurs rationalités. La définition du référentiel psychanalytique est caricaturale et sa confusion avec les techniques psychodynamiques de toutes sortes révèle un manque de rigueur conceptuelle étonnant. Traditionnellement l’Inserm vérifie que les experts ne font pas partie de groupes de pression qui pourraient à leur insu infléchir la procédure de l’expertise à un moment ou un autre de sa réalisation. Rien ne garantit ici que ce fut le cas puisque l’on trouve principalement des partisans de l’évaluation scientifique des pratiques psychothérapiques construite sur un modèle médical. Comment alors s’étonner de la réponse de l’expertise pré-inscrite dans la manière même de poser la question ? L’expertise accomplit ce qu’elle dit : la psychanalyse n’existe pas. Au nom de la science, on a rendu légitime une idéologie partisane proclamant la supériorité thérapeutique des TCC sur les psychothérapies psychodynamiques. L’Inserm ne s’est pas contenté de décrire une rivalité entre les techniques psychothérapiques mais a engagé ses forces dans la bataille. On a fait comme si le soin psychique était un médicament et on l’a évalué comme tel. On a mesuré dans cette étude comparative des psychothérapies la proximité des techniques, évalué celles qui se rapprochaient le plus des effets du médicament en feignant de croire que l’on mesurait ainsi leur valeur thérapeutique.
Si j’ai choisi l’exemple de cette expertise, c’est bien parce qu’elle illustre de manière choquante les problèmes déontologiques et épistémologiques des expertises scientifiques de l’Inserm dans le champ de la santé mentale. Ces expertises proviennent d’instances et d’équipes de recherche plutôt frileuses à l’égard de la psychanalyse, voire hostiles, dont les conclusions se déduisent d’une procédure produisant une “ objectivité illusoire ”, objectivité davantage formelle que réelle. Bien que retirée du site du ministère une telle expertise a participé et participe encore à fabriquer une idéologie partisane prédisposant l’opinion à une recomposition du paysage des formations et des pratiques de santé mentale. Cette expertise n’est qu’une des étapes du parcours de médicalisation de la souffrance psychique accompli ces dernières années et auquel l’Inserm apporte ici son soutien institutionnel et sa légitimité scientifique.
Depuis 2003 et l’expertise sur le dépistage et la prévention des troubles mentaux chez l’enfant et l’adolescent, le rythme des expertises concernant la santé mentale s’accélère : efficacité comparée des psychothérapies en 2004 ; autopsie psychologique d’abord, puis expertise des troubles des conduites de l’enfant en 2005. De telles expertises participent de la volonté de légitimer en France au nom de la science une idéologie scientiste qui serait à même de préparer l’opinion à la recomposition des paysages de la psychologie et de la psychiatrie. Ainsi le dépistage précoce des troubles du comportement, sa valeur prédictive de criminalité, ne participe pas simplement d’une “ médicalisation de la déviance ”, mais s’inscrit dans le champ des “ prophéties auto-réalisatrices ” bien connue des psychologues sociaux : l’oracle produit ce qu’il énonce. Les conclusions de ces expertises stigmatisent les paradigmes psychanalytiques et psychodynamiques et favorisent au nom de la science les logiques médicales et cognitivo-instrumentales davantage compatibles avec le souci sécuritaire de “ l’évaluation ” scientifique. On feint d’oublier au passage que l’évaluation se révèle autant une pratique sociale qu’un dispositif scientifique proprement dit. Les expertises de l’Inserm ci-dessus mentionnées présentent-elles les garanties suffisantes en matière d’évaluation ? Si tel n’était pas le cas, on laisserait insidieusement s’installer dans l’opinion et au sein des instances de décision des politiques de santé et de formation une idéologie selon laquelle les concepts et les pratiques naturalisant le psychisme sont plus scientifiques que celles qui affirment son irréductible spécificité. Ce faisant on aurait réussi à faire passer un postulat idéologique pour un énoncé scientifique.
Connaissant votre souci du bien public, je prends la liberté de vous solliciter en tant que parlementaire, afin que les organismes de recherches participent à une véritable information scientifique de nos concitoyens, en commençant par ne pas les priver des choix véritables qu’ils prétendent éclairer.
Je vous prie de croire, Messieurs, à l’assurance de ma haute considération,
Roland Gori
Professeur des Universités
Journal l'Humanité Article paru dans l'édition du 9 septembre 2005.
Promu à la manière de ces journaux à scandale qui barbotent dans la rumeur et prospèrent dans le marigot, un prétendu Livre noir de la psychanalyse occupait voici peu les bonnes feuilles d’un hebdomadaire qui, en d’autres circonstances, a pu offrir à ses lecteurs franchement plus de qualité et d’objectivité : le Nouvel Observateur, pour ne pas le nommer.
Cette opération ne mériterait qu’un silence méprisant si elle ne révélait à sa manière combien l’obsession d’expurger le « continent Freud » de notre culture peut conduire certains intellectuels au pire. L’ouvrage qui invite à « vivre, penser et aller mieux sans Freud » - quel programme ! - emprunte le langage de la science pour accomplir des rituels de magie noire. La forme du livre est son fond en surface. Il s’agit d’un montage éditorial accolant, sans vergogne et sans rigueur, tout un ensemble de textes hétéroclites qui en viennent à se contredire les uns les autres. Dans un pur syncrétisme, se trouvent inconsidérément emmêlés des fragments littéraires détournés de leurs oeuvres, des propos enrhumés et patelins de bureaucrates du cognitivo-comportementalisme, des témoignages de dépit appelant à la vindicte, des plaidoyers amers de transfuges qui ne pardonnent pas à la psychanalyse l’injustice qu’ils lui font subir, des appels incantatoires de scientistes du genre Arsenic et vieilles dentelles, et enfin la geste impatiente et arrogante de la nouvelle garde sanitaire prompte à biologiser sans état d’âme la psyché et la morale pour mieux les recycler sur le marché du vivant : outre le public peu informé, les auteurs de ce produit espèrent - qui sait ? - duper le Prince et les décideurs de nos politiques de santé, de formation et de recherche.
A contrario de l’hypocrisie de l’ouvrage, je n’aurai pas la prétention de faire science en le critiquant et en démontrant les erreurs, les falsifications, la structure passionnelle et paralogique de son contenu. Nul besoin selon moi de se cacher sous le manteau scientifique : l’ouvrage noircit la psychanalyse mais sans pour autant éclairer le débat sur le soin et la recherche. Où est votre lumière, hommes du Livre noir ? À l’évidence, les reproches que certains d’entre vous adressent à Freud et à la psychanalyse pourraient aisément se retourner contre eux-mêmes : où sont les démonstrations scientifiques, les plans expérimentaux, les contrôles de variables, les réfutations, les validités internes des concepts et la clinique de vos expériences de soins ?
En revanche, vos arguments et vos références s’inscrivent dans le droit fil d’une rengaine bien connue depuis les attaques, dès 1972, de Pierre Debray- Ritzen et de la nouvelle droite : Freud et les psychanalystes travaillent contre la vraie science, contre la morale, contre la civilisation et contre l’éducation. L’« ordre secret » du « mage noir » s’est répandu dans le monde entier grâce à l’action de ses « loges » organisées en réseaux de conspirateurs. Air connu ! Les éditeurs du livre ont répété leur petite musique avec de nouvelles gammes plus ajustées au « réalisme » néolibéral et à nos pratiques sécuritaires.
Ainsi la France et l’Amérique latine se rangeraient-elles dans les pays arriérés où sévit la psychanalyse, de ne pas s’être laissé suffisamment civiliser par l’évaluation généralisée des conduites et des bonnes pratiques ! Dans la rengaine du « Freud a menti, c’était un faussaire, un tyran, un fanatique, un criminel », l’ouvrage a largement été précédé. Pour exemple, le livre posthume du pauvre Dr Gautier, Freud a menti, publié en 1977 chez Cevic. Cet admirateur de l’eugéniste Alexis Carrel n’hésitait pas à pourfendre les « suppositions » d’un Freud travaillant contre la civilisation et l’enfance. Il assimilait, soit dit en passant, l’antisémitisme à des « difficultés sociales que soulève la mentalité juive » du fait du « type physiologique des juifs avec prédominance hypophysaire et thyroïdienne et affaiblissement de l’interstitielle ». Les éditeurs du Livre noir... ne parlent jamais en ces termes mais, dans une dizaine d’articles, les thématiques du complot, du mensonge et des potions miracles contre Freud s’affichent sans retenue.
La question qui mérite d’être posée est ailleurs : comment se fait-il que ce livre de dénonciation à la Savonarole puisse venir se loger si facilement dans la « niche écologique » de notre culture et inciter à une chasse aux sorcières ? Que des gens « tombés malades de Freud et de la psychanalyse » puissent en effet se donner en spectacle, cela n’est pas nouveau. Qu’ils puissent trouver un public est plus rare. À moins qu’ils ne viennent au bon moment accomplir une prescription sociale au nom d’une description pseudo-scientifique. Plus que Freud et les psychanalystes, c’est l’homme freudien qui est ici visé, ainsi que les poches de résistance où il a trouvé refuge. Promouvoir par la civilisation médico-scientiste un homme énucléé de ses rêves, de ses illusions et de ses croyances, cela conduit à une anthropologie de marchands sans état d’âme. Obéissant à un irrépressible courant venu d’Amérique, la psychiatrie est revenue dans le giron de la médecine et sous le protectorat des sciences biologiques, sans que pour autant l’actualité nous la fasse apparaître comme un havre de paix et une terre de miracles ! Bien au contraire, la surmédicalisation de l’angoisse et de la folie ne fait que redoubler la souffrance des soignants et les pressions qu’ils subissent. Où est la science là-dedans ? Noircir la psychanalyse n’éclaire pas le débat sur le malaise profond et actuel de la psychiatrie ! J’ai le plus grand respect pour la science et les collègues qui la mettent en oeuvre dans leurs travaux. Peut-être certains d’entre eux se laisseront-ils embarquer dans cette « nef des fous ». Mais, je le répète, ce collage éditorial est le masque de la science, pas son visage. La psychiatrie et la psychologie que nous propose cet ouvrage réalisent la prophétie de Canguilhem, épistémologue rigoureux et honnête qui écrivait en 1956 : « De bien des travaux de psychologie, on retire l’impression qu’ils mélangent à une philosophie sans rigueur une éthique sans exigence et une médecine sans contrôle. » Quoi qu’il en soit, la psychanalyse est une méthode qui permet à chacun de devenir l’ordonnateur de son propre destin.
Par Roland Gori,











